Dans les romans de Marie Sizun, les maisons sont des lieux de souvenirs. Elles ont abrité des vies de famille, pour le meilleur ou le pire. La maison du boulevard de l’Océan à l’Île-Tudy ne fait pas exception. Avec ce treizième roman, Marie Sizun continue de tirer le fil des émotions, celui de la famille et des liens sur plusieurs générations, des ressorts intimes de ses personnages, de leurs amours et déchirements, du poison des non-dits avec, tout au bout, la possibilité d’une renaissance.
Face à la rupture, il n’y a peut-être rien d’autre à faire qu’écrire. Pour Raphaël, la forme du journal est une évidence pour parler des choses de la vie comme il en arrive souvent quand on ne sait plus aimer, quand on ne se sait plus aimé. Comment ne pas être en empathie avec cet homme en vacance de sa propre vie ? Avec sa forme fragmentaire qui raconte au quotidien une séparation et une réparation, Roman de plages est plus profond que son titre, en forme de clin d’œil, le laisse penser.
Il est facile de modifier l’Histoire à volonté, et tentant de fabriquer un récit qui exalte la grandeur passée et escamote les heures les plus ignominieuses. Qui étaient les Morgondes ? Quelle histoire raconter ? À quoi s’exposent les récalcitrants ? Conque est une fable politique sur le rapport entre l’Histoire et le pouvoir quand ce dernier cherche à imposer un narratif frelaté. Toutes les qualités du premier roman de Perrine Tripier se trouvent confirmées dans cet excellent deuxième.
Artiste un peu alchimiste et bricoleur de l’inutile, Bernard Mélois est mort. Alors c’est bien, écrit par Clémentine sa benjamine, est un livre attachant sur le sujet infiniment douloureux du décès d’un parent, le livre que l’on aimerait être capable d’écrire pour faire refluer le chagrin et nous consoler en étirant les moments doux ; un livre retenant un peu de la lumière du défunt pour qu’elle continue à nous éclairer.
Le Havre. Un corps sans vie a été retrouvé sur la plage de la digue Nord. Jour de ressac est un entrelacement d’histoires enfouies et d’autres récentes ; une superposition de couches de souvenirs sédimentés avec leurs fantômes, alors que la narratrice revient dans la ville de l’enfance. Si enquête il y a, elle est plus intérieure et intime que policière. Ce roman séduisant aurait gagné à éviter les références — de commande ? — aux sujets de société du moment qui diluent sa puissance évocatrice.
2030. Six ans auparavant, un drame a eu lieu, éloignant Thomas de Zoé. Leur monde a changé ; le nôtre aussi. Isabelle Amonou a placé son roman à peine quelques années au-devant de notre temps. Cette anticipation infime évite les pièges de la dystopie traditionnelle. Confier la narration à une 3e personne non omnisciente entretient la tension sans faiblir contribuant au plaisir pris à la lecture de ce roman dur et dérangeant, désenchanté, parfaitement maîtrisé tant dans le fond que la forme.
Les Guerres précieuses est un roman en état de grâce, le premier d’une toute jeune autrice dont j’admire l’acuité du propos et l’élégance de l’écriture habiles à nous transporter, en peu de pages, des possibles de l’enfance aux renoncements de la vieillesse, de la douce fraîcheur d’une pluie d’été à la froideur d’une grande Maison recroquevillée sur un temps perdu. Intensément émouvant. Une merveille.
Olivier Rolin vide les lieux et, en archéologue de son passé, raconte ce qu’il en coûte d’avoir à quitter un appartement où il a vécu pendant près de quarante ans. On chemine avec lui, de digression en digression, alors qu’il revisite les instants d’une vie en s’efforçant d’en restituer toute l’intensité. Terriblement émouvant.
Il aura fallu attendre vingt-sept ans pour lire la suite de La grande Beune. La petite Beune a paru au printemps et voilà Les deux Beune publié chez Verdier. Le lecteur voit sa patience récompensée par un récit des origines bref, tendu, charnel, archaïque, primitif, violent, païen, dans lequel Pierre Michon excelle dans l’art du dilatoire : la chasse plutôt que la prise. Du grand Michon.
La collection Traits & Portraits accueille des textes à caractère autobiographique assortis d’un matériau iconographique souvent tiré des archives de l’auteur. En retraçant la trajectoire de sa famille de l’Inde du XIXe siècle à l’île Maurice à la France, en repigmentant les zones délavées de la mémoire, Nathacha Appanah dessine sa généalogie, y trouve son identité et prouve qu’écrire est une manière d’éviter de tout perdre en retenant ce qui peut encore l’être. Un hommage généreux et pudique.