24 courts chapitres, presque des vignettes autonomes, pour aller de Brooklyn à Chicago, remonter le temps et refaire le chemin vers Marianne dont le narrateur a gardé une lettre portant un dessin et sa dernière adresse connue. Trois ans déjà. En quelques huit livres à l’élégance pensive comme autant de contre-feux à l’accélération ambiante, Sébastien Berlendis a trouvé sa voix/voie littéraire entre légèreté et gravité, mélancolie et joie pure.
Les romans de Sébastien Berlendis sont à rebours des accélérations et pesanteurs de notre époque. Ils écrivent toujours l’été et, souvent, l’Italie. Revenir à Palerme, se laisser doucement imprégner de son écriture impressionniste toujours un peu inquiète, d’une jonchée de sensations où le réel n’épuise pas le rêve, où des présences fantomatiques se meuvent à la lisière du songe et du souvenir. Palerme est la ville du manque sublimé.
Sébastien Berlendis se souvient de ses étés adolescents passés au camp du Pansard à La Londe-les-Maures, dans l’odeur boisée et verte des pins torréfiés par l’ardeur du soleil varois. Son écriture pointilliste et minuscule suggère beaucoup avec peu et procède par la juxtaposition d’une abondance d’images remontées de la mémoire pour raconter l’insouciance d’un temps encore heureux. Magnétique.
Sébastien Berlendis a une façon unique d’écrire l’été, les rencontres éphémères, l’attachement inquiet à ce qui disparaît. Les courts paragraphes de son sixième roman disent les instants indolents et les infimes variations selon le lac élu pour la journée dans un Berlin méconnu alors que le narrateur cherche l’histoire derrière les photographies et les films trouvés chez un brocanteur. Une atmosphère à la mélancolie grave, alanguie et sensuelle ; la promesse follement romanesque d’une fin d’été.
Le temps d’un été, Sébastien Berlendis déambule le long de la côte ligure, entre San Remo et Portovenere, entre présent et souvenirs, réalité et fantasme. Lungomare est un roman singulier qui dit la simplicité de la vie. S’y agrègent l’instant présent et le passé dans une Italie solaire et charnelle dont l’apparente plénitude cache pourtant une mélancolie un peu inquiète. Un voyage sensuel, baigné de la toujours somptueuse lumière italienne. Quatre-vingts pages de bonheur pur.