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Dénouement, Aurélie Foglia, Éditions Corti

 

 

Dénouement, Aurélie Foglia

Éditions Corti

240 pages

21/08/2019

18 €

Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté.

Alain, Propos sur le bonheur

 

« Et si elle n’en veut pas, de la liberté ? Elle ne pense qu’à s’en débarrasser de sa liberté, cette seconde virginité malvenue de la solitude. »

 

Elle, c’est Dolorès. La douleur, c’est elle.

 

Alors, quand elle se peint ainsi,

 

« Elle qui est si bien lunée. S’émerveillant, d’aussi loin qu’elle se souvienne, d’une branche qui bouge, d’une nuance dans un nuage, toujours d’accord et de bonne humeur, au point que cette joie sans raison fait d’elle un être presque inadapté au réel, à sa jungle, à ses logiques sombres et rapaces. »

 

pitié, ne vous faites pas avoir, c’est un faux !

 

Dans ce roman, tout n’est qu’absence d’horizon et de perspectives, tout est d’une grisaille éteinte et désolante.

 

Enseignante de mathématiques en collège, Dolorès quitte Christophe, son mari volage, abandonne derrière elle le confort d'une maison et son fils, David, un gamin odieux qui, la plupart du temps, la laisse vaincue : 

 

« Cet enfant n’a jamais fait corps avec elle, même quand elle le portait, un inconnu qu’elle découvre toujours avec une sorte de crainte. »

 

Dénouement raconte, quoi de plus banal, la séparation d’un couple. Le désarroi et la dépression post-divorce qui menacent Dolorès d’effondrement sont transcrits dans une langue moderne faite de phrases hachées, déconstruites pour dire sa souffrance, son impossibilité d’être à ce qui l’entoure, la perte de ses repères :

 

« Un restaurant sert non pas à manger mais à se retrouver face à face et patienter, c’est-à-dire parler, n’avoir rien d’autre à faire que se. »

 

Le texte est saturé – gangréné serait plus juste - de termes négatifs, dépréciatifs : le climat y est menaçant, impossible, difficilemonotone ; elle y est craintive, abîmée ; les gens y sont frileux ; les meubles, sombres, les photos, surexposées tout n’est que malentendu, écroulement, fissures ; les objets sont cassés, échoués. La syntaxe, quant à elle, suinte de phrases aux formes au pire négative au mieux restrictive, c’est dire !

 

« Ils n’étaient pas. Pas spécialement séduisants. Pas jeunes pas riches rien. Ne crois pas. C’était pas moi qui choisissais. Je. Prenais ce qui se présentait. »

 

Dénouement, écrit du seul point de vue de Dolorès, pâtit des choix narratifs opérés. Cette monotonie, même si elle sert le propos, m’a anéantie dans ce flot que Dolorès « débite à toute vitesse sans y mettre d’intonation » et où peu de clichés m'auront été épargnés.

 

Alors quand soudain, là, vers le milieu du livre, je tombe enfin sur ce que je n’attendais plus,

 

« Elle, Dolorès, se lance. Il est grand temps. Parce qu’à présent de tout son être abîmé il y a quelque chose dont elle veut se saisir, c’est la vie. »

 

l’incurable optimiste que je suis veut y croire. Je me dis que la lectrice en moi va pouvoir aller l’avant, s'extirper de ce marasme, de cet horizon bouché, indépassable et sans issue. Le moment est venu de rompre avec le passé, pour elle, avec les 146 pages précédentes, pour moi et, pour nous deux, de jeter un dernier coup d’œil dans le rétroviseur avant de prendre un nouveau départ. 

J’en serai pour mes frais. 

C’est accablant !

Alors, quand se noircissent les dernières lignes, je suis soulagée de pouvoir unir ma voix à celle de Jean, amant de passage trouvé sur Internet :

 

« Je ne peux plus. Je te jure. Peux plus. À bout. On s’était juré de ne pas s’installer dans le mensonge tu te souviens ? Je pars à l’étranger. J’ai quelqu’un. »

 

Je pars. J’ai une autre lecture. 


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