24 courts chapitres, presque des vignettes autonomes, pour aller de Brooklyn à Chicago, remonter le temps et refaire le chemin vers Marianne dont le narrateur a gardé une lettre portant un dessin et sa dernière adresse connue. Trois ans déjà. En quelques huit livres à l’élégance pensive comme autant de contre-feux à l’accélération ambiante, Sébastien Berlendis a trouvé sa voix/voie littéraire entre légèreté et gravité, mélancolie et joie pure.
Lire L’internationale des rivières – un récit d’avenir, c’est accepter entrer dans un temps long tourné vers les générations à venir, ne pas avoir de réponses prêtes à penser, éveiller les consciences en évitant d’avoir recours aux arguments de toujours qui effraient plus qu’ils n’éduquent. Un livre petit par son format et grand par l’étendue de sa réflexion spéculative sur les enjeux écologiques et les bouleversements que doit affronter le vivant pour enfin le réconcilier avec l’homme.
Venise est sûrement la ville au monde la plus écrite, écrite par beaucoup d’hommes et peu de femmes. À ceux, nombreux, qui croient Venise usée, ville-légende bien malgré elle tendue de clichés, Ryoko Sekiguchi apporte un éclatant démenti avec ce premier roman dans lequel — j’ose l’image — la sève circule pour nous faire ressentir l’âme végétale de cette ville devenue, le temps de quelques heures de lecture, un lieu éminemment poétique.
Bien que pétillant de malice dans son sujet et intrépide dans sa forme, le troisième roman de Martin Mongin m’a semblé bien indigeste, pâtissant d’une méthode d’écriture qui, pour surprenante et innovante qu’elle ait été en 2019 avec le premier roman de l’auteur, n’évite pas toujours la caricature quand elle succombe complaisamment à la frénésie et pèche par excès. Entre ennui et agacement.
Le calendrier de l’Avent littéraire propose de revenir sur une année de (re)lectures. 24 livres pour les 24 jours précédant Noël. Chaque jour, une case dévoilée.
Les romans de Sébastien Berlendis sont à rebours des accélérations et pesanteurs de notre époque. Ils écrivent toujours l’été et, souvent, l’Italie. Revenir à Palerme, se laisser doucement imprégner de son écriture impressionniste toujours un peu inquiète, d’une jonchée de sensations où le réel n’épuise pas le rêve, où des présences fantomatiques se meuvent à la lisière du songe et du souvenir. Palerme est la ville du manque sublimé.
Le maelström de la rentrée littéraire d’automne oblige à faire des choix, certains subjectifs. La crainte que l’ombre proustienne ne fût trop écrasante m’avait fait écarter Retour à Balbec. Il n’en est heureusement rien. Voilà un roman de présences fantomatiques, un millefeuille de strates fictionnelles, qui s’élabore grâce à un jeu subtil de mises en abyme redoublées d’une cascade d’effets miroirs. L’ambiguïté est féconde dans ce roman dont, à mon grand regret, on parle bien trop peu.
Qu’hérite-t-on à notre insu ? de quels fantômes ? Comment se libérer d’une histoire familiale qui ne cesse de se répéter ? de deuils non faits ? Haute-Folie d’Antoine Wauters raconte ce terroir rural du début du XXe siècle où la parole est rare, où les silences hantent les familles et dans lesquels/en dépit desquels chacun essaie malgré tout de tracer son propre chemin. Arrivée réussie d’Antoine Wauters chez Gallimard après plus de dix ans aux épatantes éditions Verdier qui l’ont fait connaître.
Nancy-Saïgon est une mosaïque de formes, un dispositif narratif déjà mis en œuvre dans Champ de cris (Seuil, 2022). Adrien Genoudet explore ici encore toutes les manières de fabriquer une histoire, de l’inscrire sur la page, de la raconter, de l’appréhender dans ce qu’elle a de plus fondamental, d’en recomposer le déroulé, zones d’ombre y comprises. Et c’est une réussite. Ouvrez ce carton revenu d’un passé jusque-là impénétrable. Faites le voyage Nancy-Saïgon.
Vous prendrez bien un peu de bon sens ? Voilà un livre essentiel, salutaire même, le premier d’une nouvelle collection des éditions Verdier, Les arts de lire, dirigée par Yann Potin, historien et archiviste. Qu’il est bon, sur le sujet de la récriture des classiques, d’avoir l’occasion de lire un livre nuancé, pétillant d’intelligence et bien documenté. Limpide.