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Le bal des folles, Victoria Mas, Albin Michel

 

 

Le bal des folles, Victoria Mas,

Albin Michel

256 pages 

21/08/2019

18,90 €

 

Il y a trois façons de sortir.

Tu peux mourir. C'est facile. Les gens meurent tout le temps.

Tu peux t'enfuir. Presque impossible.

Ou tu peux les convaincre que tu es suffisamment saine d'esprit pour partir. 

Anna Hope – La salle de bal

 

 « Libres ou enfermées, en fin de compte, les femmes n'étaient en sécurité nulle part. Depuis toujours, elles étaient les premières concernées par des décisions qu'on prenait sans leur accord. »

 

Le bal des folles, premier roman de Victoria Mas, lauréate des prix Stanislas et Patrimoines 2019, prend la forme d’un journal écrit entre février 1885 et mars 1890. On ignore qui le tient. 

 

À Paris, en cette fin de XIXe siècle, on ne compte plus les femmes internées à la demande de leur famille, à la Salpêtrière où exerce l’éminent neurologue Jean-Martin Charcot, « à la fois l’homme qu’on désire, le père qu’on aurait espéré, le docteur qu’on admire, le sauveur d’âmes et d’esprits. »

 

La dernière arrivée est une jeune fille de bonne famille, Eugénie Cléry. Cette adolescente vive, rebelle a eu le malheur de confier à sa grand-mère qu’elle était visitée par les défunts et notamment par son grand-père. Monsieur Cléry, son père, voit là l’occasion de se débarrasser de cette enfant gênante, car « dans ce monde, maintenir la réputation d'un patronyme importe plus que de garder ses filles ». À quelques jours de la mi-Carême et de son traditionnel bal donné au sein de l’hôpital, Eugénie est internée dans le service du professeur Charcot :

 

« Un dépotoir pour toutes celles nuisant à l'ordre public. Un asile pour toutes celles dont la sensibilité ne répondait pas aux attentes. Une prison pour toutes celles coupables d'avoir une opinion. »

 

À la Salpêtrière sont enfermées des femmes plus dérangeantes que dérangées, telles Louise qui a osé dénoncer un oncle qui abusait d’elle, ou Thérèse qui a poussé son souteneur dans la Seine et qui après vingt ans passés là ne peut envisager de vie hors ces murs sécurisants. Elles y côtoient des hommes, autant médecins qu’étudiants, un public toujours friand des nouvelles expériences du professeur Charcot

 

« Les femmes de la Salpêtrière n'étaient désormais plus des pestiférées dont on cherchait à cacher l'existence, mais des sujets de divertissement que l'on exposait en pleine lumière et sans remords. »

 

et bien sûr des infirmières censées veiller sur le service. 

Madame Geneviève est l’une d’elles. Elle officie à la Salpêtrière depuis bien avant l’arrivée de Charcot. Toute dévouée au célèbre neurologue, elle surveille que tout se passe au mieux, sans aucune empathie. Son esprit cartésien néanmoins commence à douter au moment où Eugénie la met en contact avec Blandine, sa chère sœur défunte à laquelle elle continue d’écrire chaque jour. L’expérience bouscule ses convictions et la pousse à aider Eugénie par un tour un peu facile et prévisible qui rend la fin expéditive.

Comment ?

À vous de lire pour le découvrir, tandis que les internées s’oublient dans les préparatifs du bal de la mi-Carême où se presse le Tout-Paris. 

 

Le bal des folles est un premier roman et, en tant que tel, on lui pardonne de ne pas éviter certains écueils. La réflexion sur la société de cette fin de siècle, sur la frontière ténue qui séparait alors la psychiatrie, du spiritisme ou de la religion est intéressante, mais guère originale ni aboutie. Les pratiques de Charcot sont à peine évoquées si bien que l’on n’apprend rien du quotidien de ses patientes. Seules quelques figures stéréotypées émergent de la foule des internées et l’histoire se concentre assez (trop) vite sur la relation Eugénie-Geneviève qui est le nœud de la tension constante qui croît au fil des pages. 

 

Le bal des folles est un joli roman, porté par une écriture simple sans afféteries, mais qui manque de profondeur et qui souffre de l’inévitable comparaison avec La salle de bal d’Anna Hope, à l’atmosphère d’une noirceur anxiogène et au dénouement sublime. Paru il y a trois ans, ce roman avait obtenu le Prix Femina étranger 2017 et le Grand Prix des lectrices Elle 2018.


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