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Baïkonour, Odile d'Oultremont, Éditions de l'Observatoire

 

 

 

Baïkonour, Odile d'Oultremont

Éditions de L'Observatoire

224 pages

Parution le 21/08/2019

18 €

  

Les plus belles histoires commencent toujours par un naufrage.

Jack London

« On ne crache pas, personne ne crache, sur l’espoir. »

 

Vladimir Savidan, son épouse Édith et leur fille Anka vivent à Kerlé, petit bourg breton d’à peine 12 437 habitants, proche de Lorient, au bord du golfe de Gascogne.

 

Le deuxième roman d’Odile d’Oultremont s’ouvre ce jour tempétueux de février 2017 où Vladimir, marin-pêcheur à bord du Baïkonour, disparaît. L’océan a vomi le bateau, englouti l’homme.

 

Personnage à part entière, l’Atlantique qui, jusqu’au décès de son père, avait pour Anka « tous les attributs de la meilleure amie », dont l’amitié lui semblait « une réalité inébranlable » devient subitement « l’ennemi contre lequel s’armer pour la guerre ».

 

Alors qu’en l’absence d’un corps à enterrer, Édith s’enfonce dans le déni, Anka entre en résistance, portant seule le deuil de ce père tant aimé. Alors que sa mère, désarmante Pénélope, trompe l’attente du retour en cuisinant chaque jour des litres de soupe qu’elle porte aux marins prenant la mer, Anka, jeune femme fière qui « n’est pas venue pour flancher », « a ravalé ses sanglots ».

 

Arrivé de son Sud natal quelques jours plus tôt pour un chantier d’un an et huit mois, Marcus est grutier, un métier choisi par passion, « pour les nuances du tableau, inépuisables ». De son poste d’observation à cinquante mètres du sol, il regarde les gens, petites fourmis affairées qui vont et viennent sur la place, jusqu’au jour où il repère le cortège funéraire et cette jeune fille qui entre dans l’océan pour y disperser quelques brassées de fleurs. Depuis lors, Marcus se surprend chaque jour à guetter Anka ; Marcus se surprend à être « amoureux d’une inconnue ».

 

Si Baïkonour est de prime abord un roman entre mer et ciel, il fallait bien la terre ferme, ce « relais médian d’une chimère ou d’un mirage », pour faire se rencontrer Anka et Marcus. Lors d’une manœuvre de routine qui tourne mal, le voilà plongé dans le coma. Marcus est cet homme stricto sensu tombé du ciel, cet homme cloué sur un lit d’hôpital et dont le silence va accueillir les mots d’Anka, sa colère, son désarroi et ses espoirs, alors qu’elle n’a plus son ami et confident atlantique.

 

Mêlant présent et passé, avec une délicate économie de mots dont les personnages secondaires ne font pas les frais, Odile d’Oultremont raconte l'histoire de gens ordinaires. 

Par petites touches, l’autrice laisse affleurer ici et là de subtiles affinités entre Anka et Marcus, à commencer par leur attachement à la mer, attachement qui remonte à l’enfance. La Méditerranée rédemptrice qui « sauva Marcus d’une chaîne de doutes et d’ennuis » et l’Atlantique, « image parfaite », avec lequel Anka entretenait un « rapport de filiation » avant le drame. Il en est d’autres qui font que ces deux-là ne pouvaient que se rencontrer : la mère de Marcus est partie, le père d’Anka a disparu ; depuis sa cabine, Marcus épie Anka jusque dans son appartement, Anka profite du coma de Marcus pour le scruter à son insu. Je me suis piquée au jeu de dénicher ces correspondances, car ce ne sont pas deux destins que tout oppose, bien au contraire ce sont deux personnes qui étaient faites pour se trouver : 

« Ce jour du 11 mai 2017, à peu près au même moment que Marcus Bogat retrouve la vie, Anka Savidan, comme la mer avant elle, tue le père. »

 

« Le deuxième roman, c’est toute une histoire » écrit Odile d’Oultremont dans ses remerciements. Il est vrai que   le défi était de taille après le très remarqué Les Déraisons, premier roman distingué par le prix de la Closerie des Lilas en 2018.

Baïkonour, dans un tout autre style, est un deuxième roman très réussi sur ces liens ténus, fragiles et toujours versatiles qui unissent les êtres, un roman sur la perte que l’on croit insurmontable, sur l’acceptation qui vient pourtant, et sur les rencontres à la fois accidentelles et providentielles qui changent le cours d’une vie, car reste la vie, toujours elle bien sûr, qui ébauche un coin de ciel bleu une fois le grain passé.


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