
❝Il faut bonne mémoire après que l’on a menti.❞
Pierre Corneille, Le Menteur
❝Après que tu m’aies abandonnée, j’ai d’abord fui le couvent pour la montagne.❞
Albert Camus, La Dévotion à la croix
Après que + indicatif ? Après que + subjonctif ?
Qui de Corneille ou de Camus a raison ?
Écrit-on
❧ Après qu’elle s’est assise confortablement, elle reprend le livre qu’elle avait laissé sur la table du salon avant de partir.
ou
❧ Après qu’elle se soit assise confortablement, elle reprend le livre qu’elle avait laissé sur la table du salon avant de partir.
Le doute est permis et la question, légitime quand on sait combien le solécisme après que + subjonctif est prédominant depuis des années, à l’oral comme à l’écrit. Il n’y a qu’à tendre l’oreille dans la rue ou lire la presse, les romans, les essais, etc. pour s’en convaincre. Se calquant sur la construction avant que + subjonctif, après que + subjonctif tend à supplanter après que + indicatif, et pourtant c’est bien cette dernière construction qui relève du bon usage.
Certes, après que + indicatif n’est pas élégant, comme on me l’a encore fait remarquer récemment sur Babelio après la publication d’un de mes avis de lecture. Essentiellement parce que nos oreilles peu à peu s’en déshabituent. Mais que faut-il privilégier ? L’élégance ou l’exactitude ? D’autant que cela n’est pas une fantaisie de la langue française, c’est un emploi au fondement logique.
❝Je ne suis capable de fantaisie que dans l’ordre.❞
Colette
❧ Après que est suivi d’un verbe au mode indicatif, car il introduit une action certaine puisqu’accomplie avant l’action décrite par la principale ;
❧ Avant que annonce une hypothèse, une éventualité, rien en tout cas qui soit certain. Avant que est donc suivi d’un verbe au subjonctif qui, pour reprendre les mots d’Erik Orsenna, est ❝le mode du doute et de l’espérance. [...] le mode de l’amour.❞
N’est-il pas raisonnable d’opter pour la solution la moins contestable alors que l’on s’apprête à remettre un manuscrit à un éditeur, un devoir à un professeur, un article à son rédacteur en chef, une lettre ou un courriel à son correspondant ?
Pensez à observer la concordance des temps
Si la principale est au
․ présent
‥ passé composé
⁖ passé simple
⁘ imparfait
⁙ futur simple
Après que est suivi du
․ passé composé
‥ passé surcomposé (deux auxiliaires) / passé antérieur
⁖ passé antérieur
⁘ plus-que-parfait ou passé antérieur
⁙ futur antérieur
Vous noterez que le verbe de la subordonnée est toujours à un temps composé quel que soit le temps du verbe de la proposition principale.
Des exemples ?
❧ La cérémonie commence après que les derniers invités ont pris place dans la salle.
❧ La cérémonie a commencé après que les derniers invités ont eu pris / eurent pris place dans la salle.
❧ La cérémonie commença après que les derniers invités eurent pris place dans la salle.
❧ La cérémonie commençait après que les derniers invités avaient pris place dans la salle.
❧ La cérémonie commencera après que les derniers invités auront pris place dans la salle.
Une astuce ?
Remplacez après que par l’expression synonymique une fois que et vous verrez qu’utiliser l’indicatif vient tout naturellement.
❧ Nous quitterons la plage une fois que le soleil aura disparu de l’horizon.
Une ruse ?
Si la principale et la subordonnée ont un même sujet, il est facile de s’affranchir de la difficulté que pose la concordance des temps en faisant suivre après que d’une forme infinitive.
❧ Elle paniqua après avoir entendu des craquements dans l’escalier.
(C’est elle qui panique ; c’est elle qui entend les craquements)
Une autre ruse ?
Toujours dans le cas où la principale et la subordonnée ont un même sujet, vous pouvez remplacer la forme verbale par un nom et vous moquer alors du temps du verbe de la principale.
❧ Il restait amer, après sa déception.
qui a pour formes — indicative et infinitive — équivalentes :
❧ Il restait amer, après qu’il avait été déçu.
❧ Il restait amer, après avoir été déçu.
Je laisse le dernier mot à Alexandre Vialatte (Chronique de toute sorte d’excès, in La Montagne du 30 janvier 1962) :
❝La première chose à faire en janvier, disions-nous, est de ne jamais employer le subjonctif à la suite de « après que ». La deuxième est de continuer. Il n’y a aucune raison sérieuse de retourner à cette aberration.❞
❦


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axel (dimanche, 22 février 2026 02:59)
Bonjour,
Quand la principale est au plus-que-parfait, peut-on employer un passé antérieur dans la subordonnée, comme ici : "La situation avait encore empiré après qu’Anthony eut quitté le foyer familial" ?
Merci
Axel
Christine (dimanche, 22 février 2026 16:53)
Bonjour Axel,
N’ayant aucun contexte (!), je vais vous donner mon avis que j’appuie sur les seules règles de concordance des temps.
Votre phrase ne me convainc pas, parce que sa logique temporelle m’échappe.
Sachant que le plus-que-parfait est antérieur à n’importe quel autre temps du passé, l’utiliser dans votre proposition principale sous-entendrait donc que l’action « avait empiré » est antérieure à celle de la subordonnée « après qu’Anthony eut quitté ». Or, il est clair — pour moi du moins — que c’est à la suite du départ d’Anthony que la situation va de mal en pis.
En outre, on a recours au passé antérieur avec « après que » pour exprimer l’antériorité par rapport soit au passé simple ou composé, soit à l’imparfait, soit au conditionnel passé.
Quelques exemples :
Avec le passé composé : On ne l’a plus entendue après qu’elle eut ouvert son cadeau.
Avec l’imparfait : Les Durand ne l’invitaient plus après qu’ils eurent appris sa traîtrise.
Avec le conditionnel passé : Qui aurait pu prédire qu’elle skierait à nouveau, après qu’elle eut fait cette terrible chute.
Autant de raisons qui me font choisir : « La situation avait encore empiré après qu’Anthony avait quitté le foyer familial. »
J’espère vous avoir aidé à y voir plus clair.
axel (dimanche, 22 février 2026 17:24)
Bonjour Christine,
Le passage entier est une analepse. Le narrateur décrit l'évolution passé d'un personnage. Au cours de cette évolution, la situation du personnage a empiré après son départ de chez ses parents
Christine (lundi, 23 février 2026 08:38)
Bonjour Axel,
Merci de cette précision. J’y vois une raison de plus d’adopter la solution que je vous proposais hier.
axel (lundi, 23 février 2026 11:45)
Bonjour Christine,
Ce qui me surprend, c'est quand vous dites que le plus-que-parfait est antérieur à n'importe quel autre temps du passé. Il est antérieur par rapport à un point de référence. Pourquoi, donc, dans une analepse longue, un fait antérieur à un autre au plus-que-parfait ne pourrait-il pas être exprimé au passé antérieur, surtout si l'enchaînement logique est évident ? J'ai d'ailleurs trouvé ce passage tiré d'un roman d'Emmanuel Bove et cité dans une publication de Bernard Combettes : Enfin, quand elle avait été remise et après qu’elle lui eut raconté ce qui s’était passé, il n’avait fait aucune promesse, il n’avait pas laissé deviner sa pensée, mais elle avait déjà deviné combien [...]
Christine (mardi, 24 février 2026 08:12)
Bonjour Axel,
Je connais Bernard Combettes et cette publication sur le plus-que-parfait. Elle est tout à fait pertinente en effet en ce qui concerne la cohérence discursive de ce qu’il appelle les retours en arrière, et cela est le cas de votre texte, pour ce que vous m’en avez dit.
Je reviens à votre interrogation : « Pourquoi, donc, dans une analepse longue, un fait antérieur à un autre au plus-que-parfait ne pourrait-il pas être exprimé au passé antérieur, surtout si l’enchaînement logique est évident ? »
Effectivement en ce cas, je ne vois pas pourquoi il faudrait se l’interdire, et ce d’autant que, dans la phrase de Bove que Combettes et vous avez donnée en exemple, le recours au passé antérieur permet clairement d’éviter une malheureuse surenchère de plus-que-parfaits. Notez toutefois que le plus-que-parfait après « après que » aurait été grammaticalement tout à fait correct.