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L'art délicat de... écrire le premier jet

 

 

 

Write freely and as rapidly as possible and throw the whole thing on paper. Never correct or rewrite until the whole thing is down. Rewrite in process is usually found to be an excuse for not going on.

John Steinbeck

 

 

Quel écrivain débutant n’a pas voulu écrire un premier jet qui soit un coup de maître ? 

Beaucoup imaginent qu’un écrivain confirmé crée le roman parfait avec une facilité déconcertante. Cette légende a la vie dure et, bien sûr, il n’en est rien. Stephen King a écrit un livre de conseils aux écrivains, On Writing: A Memoir of a Craft. Craft ? Oui, écrire c’est un métier, un art, c‘est aussi de l’artisanat.

 

Cependant, à réécrire dès les premiers paragraphes, à réviser dès les toutes premières pages, vous allez perdre de vue que le but de ce premier jet est de raconter l’histoire dont vous connaissez le synopsis. À réécrire inlassablement le premier chapitre, vous allez vous lasser et vous risquez d’abandonner. 

 

Gardez votre énergie pour écrire : lancez-vous, laissez le flot de votre écriture alimenter votre récit sans ressac ni jusant, donner chair à vos personnages, dévoiler votre intrigue. Le plan parfait n’existe pas, alors il est vain de vouloir réécrire sans cesse votre intrigue, retardant ainsi le moment de passer à l’écriture, même si le premier jet n’est en rien le premier pas vers l’écriture. Le premier jet est une étape de formulation, de transcription de la pensée, alors soyez spontané, laissez votre créativité s’exprimer, écrivez inspiré sans vous soucier de la longueur, des erreurs de syntaxe, des fautes d’orthographe, des maladresses, des poncifs, du manque de transitions, des possibles incohérences, de ce mot juste qui vous échappe. Tout au plus, créez une note, surlignez pour y revenir plus tard, au moment de l’indispensable et fastidieuse – ne nous mentons pas ! – réécriture, ce regard critique sur l’objet écrit, sur le résultat.

Une fois qu'elle tiendrait son accroche, tout deviendrait facile. Elle écrirait avec ardeur, à la diable, sans se retourner, renvoyant à plus tard les hésitations et les repentirs, les relectures et les ajustements. 

Christophe Carlier, Eau de Rose, Éditions Phébus, 2019.

 

Le premier jet n’est jamais un texte abouti, c’est un brouillon (draft), un document de travail plus ou moins présentable, qu’il va falloir toiletter en coupant ici, en étoffant là. Idéalement, il vous aura permis de prendre conscience que vous êtes capable, à force de rigueur et de discipline, d’écrire sur le long terme, d’acquérir un rythme de travail. Vous serez petit à petit plus confiant quant à votre capacité à écrire ce que vous avez à dire, les mots justes naîtront plus aisément et le rythme, plus naturellement.

 

Les ratures, les retouches, les annotations, les griffonnages viendront lors la première réécriture, car écrire le premier jet n’est pas affaire de style. Votre manuscrit prendra alors des allures de champ de bataille. Parce qu’écrire, c’est aussi, plus tard, organiser le capharnaüm de votre roman, c’est le raturer avec la même passion, la même générosité que vous avez mis à le jeter sur la feuille.

 

I believe the first draft of a book — even a long one — should take no more than three months.

Stephen King

 

Désolée, mais non ! N’écoutez pas ceux qui disent qu’il faut écrire quelque 2 000 mots chaque jour et que trois mois suffisent pour achever un premier jet, fussent-ils aussi célèbres et respectés que l'est Stephen King. Chacun selon son rythme, chacun selon ses disponibilités. Rares sont ceux qui, comme les écrivains qui vivent de leur plume, peuvent consacrer plusieurs heures par jour, voire dédier leur journée entière à l'écriture.


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