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Auteur ? passeur ? interprète ? Qui est le traducteur ?

  Le traducteur est un écrivain qui a la chance de ne pas chercher ce qu'il a à dire.  

Georges-Arthur Goldschmidt 

  

La traduction permet de vivre dans plusieurs temps à la fois : le nôtre, biologique et chronologique et tous les temps passés, toutes les histoires passées que véhiculent les œuvres que nous traduisons.

 André Markowicz

Un auteur ?

 

Au regard de la loi, le traducteur a en effet le statut d’auteur. Ce qui implique que son nom doit figurer non seulement dans le livre mais aussi en couverture (reconnaissons que cette pratique est très rare, son nom se trouve souvent relégué en 4e de couverture). Il perçoit 1 à 2 % des droits d’auteur et nul ne peut plagier son travail qui est protégé.

Juridiquement donc le traducteur est un auteur. Mais dans les faits, le traducteur est avant tout au service d’un auteur, celui qui a imaginé une histoire, bâti une intrigue, révélé des personnages, noué leurs relations, etc. Autant de contraintes dont le traducteur n’a cure, comme l’a écrit le cynique Goldschmidt. 

Un  passeur ?

 

Le traducteur doit savoir s'effacer derrière l'auteur. Il doit aussi être au service du texte et il existe certains livres qui sont admirables dans le fond mais fort mal écrits. La traduction peut les améliorer.

Peut-on alors parler d'adaptation ? Ce que confiait le réalisateur François Truffaut à la Revue des lettres modernes est transposable à la traduction.

 

Opposer fidélité à la lettre et fidélité à l'esprit me paraît fausser les données du problème de l'adaptation si toutefois problème il y a... Aucune règle possible, chaque cas est particulier. Tous les coups sont permis hormis les coups bas ; en d'autres termes, la trahison de la lettre ou de l'esprit est tolérable si le cinéaste ne s'intéressait qu'à l'une ou l'autre et s'il réussit à faire : a) la même chose ; b) la même chose, en mieux ; c) autre chose, de mieux. Inadmissibles sont l'affadissement, le rapetissement, l'édulcoration... 

François Truffaut  

Ainsi, le traducteur est-il face à un véritable paradoxe : une bonne traduction, celle qui a su trouver le juste équilibre entre traduction littérale et expression idéale, est également celle que l'on ne remarque pas, celle pour laquelle on ne loue que le style de l'auteur. Le traducteur doit alors se faire le révélateur, le passeur de l'auteur vers une autre langue et surtout une autre culture, tout en veillant à ne pas trahir le ton de l'auteur.

 

Le traducteur s'efface sur la pointe des pieds pour permettre aux lecteurs de découvrir de nouveaux auteurs étrangers. En cela, la traduction ne met pas au monde un texte, elle lui donne une seconde vie, un second souffle.

 

Tant il est vrai qu'un traducteur ne traduit pas pour un auteur mais pour un lecteur, car c’est lui qu’il doit garder à l’esprit quand les choses se compliquent. Lorsque le lecteur se trouve plongé dans un livre, il ne réfléchit pas toujours à la langue dans laquelle il a été écrit, et c'est très bien comme ça. Une bonne traduction ne doit pas se sentir, elle ne doit pas être un obstacle à la lecture. Le traducteur doit évidemment comprendre la langue de départ (source), mais surtout il doit maîtriser la langue d'arrivée (cible).

 

Autant tordre le cou tout de suite à une idée reçue : une personne parfaitement bilingue ne fait pas nécessairement un bon traducteur. Savoir écrire en français ne fait pas de quelqu’un un écrivain, tout comme parler le français ne nous transforme pas tous en de grands orateurs. De la même manière, savoir parler ou écrire deux langues ne signifie pas automatiquement que l’on peut les traduire. Comme tout métier, celui-ci aussi possède ses techniques, ses conventions, ses méthodes, ses exigences. Tout cela s’apprend et est sans rapport avec le fait de parler plusieurs langues.

 

 

 

Nous ne traduisons pas des mots, nous traduisons des effets, nous aussi. Un traducteur c’est un peu celui qui interprète la partition ; sans être Schubert, on peut être le premier violon d’un orchestre qui interprète son œuvre.

 Josée Kamoun 

Un interprète ?

 

Oui, un traducteur est aussi, et parfois avant tout, un interprète au même titre qu’un musicien ou qu’un comédien. Il est également un artisan qui peaufine longuement un texte. Il se sent artiste interprète quand il joue un dialogue en l'écrivant, quand il réfléchit au niveau de langue qu’il va employer pour faire vivre un personnage ou coller au ton d'un narrateur. Son vrai travail consiste à retranscrire dans sa langue maternelle les mots d’un autre, de la plus belle façon possible.

 

Il lui faut donc travailler autant l'oreille que la main, car la justesse est un des piliers d’une bonne traduction. Pour cela, il faut sans cesse affiner sa maîtrise de la langue, porter son attention au français. Être traducteur est bien plus qu'une profession, c'est un état permanent dans lequel il faut avoir toujours l'oreille tendue pour entendre comment les gens parlent, selon leur âge, leur milieu, leur histoire. Lire, lire encore et beaucoup, de l'ancien, du contemporain, des essais, des romans, de la poésie, de tout. Entendre, de mieux en mieux, l'histoire d'un mot, son étymologie, ses liens souterrains avec d'autres mots dans d'autres langues. Et ne jamais cesser de travailler sa langue maternelle pour entendre son rythme, comprendre sa logique intime, saisir ses subtilités.


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