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Pourquoi payer pour une bêta-lecture ?

Pourquoi faire appel à un correcteur-relecteur dont la prestation est payante quand il est possible de trouver un bêta-lecteur qui fera le travail gratuitement ?

 

Cette question, beaucoup se la posent, beaucoup me l’ont posée.

 

En faisant appel à un relecteur professionnel, vous vous adressez à une personne qui sera à même de vous lire de manière critique, selon une grille qui ne laisse rien au hasard, s’attardant sur la forme autant que sur le fond. Au stade de la bêta-lecture, il n'est pas question de conduire un travail de correction en profondeur. Celui-ci vient après, une fois le texte abouti. Pour autant, au fil de sa lecture, le bêta-lecteur peut être amené à repérer et signaler certaines erreurs orthotypographiques évidentes, par exemple.

 

Certains auteurs laissent le bêta-lecteur libre, d'autres préfèrent lui fournir une grille de lecture, qui prend parfois la forme d'un questionnaire l'aiguillant vers les points sur lesquels faire porter son attention.

 

La difficulté de la bêta-lecture tient, en effet, à être capable de regarder le document sous plusieurs angles au cours d'une même lecture. Ce qui suit n'est pas exhaustif. J'y détaille six points auxquels j'accorde une attention toute particulière.

Quel style pour votre récit ?

 

La première qualité du style, c'est la clarté.

Aristote

 

De votre écriture dépend le style de votre récit. Quel qu'il soit, c'est lui qui donne sa coloration à votre texte.

Une langue sobre mais soignée, une construction riche avec des chapitres longs répondent à un style littéraire dit classique, là où un style plus moderne privilégie l’emploi d’un vocabulaire plus familier, de phrases et de chapitres brefs. Le style documentaire convoque volontiers des mots techniques et des descriptions minutieuses. L'humour fait basculer le récit sur le versant original, par exemple.

 

Le style d’écriture et la correction de la langue

 

Pour une bêta-lecture, je regarde bien sûr le style de l’écriture et la correction de la langue parce que c’est ce que le lecteur verra lui aussi en tout premier lieu, avant même de se demander si l’histoire lui plaît, si les personnages sont crédibles. Il va sans dire que je débusque les fautes d’orthographe, les erreurs typographiques, comme je veille à ce que la concordance des temps soit respectée.

Mon travail de correction ne s'arrête pas à ce travail de surface.

Je traque les pronoms orphelins, les faux-sens, les impropriétés, et ce que, dans mon jargon, j'ai pris l'habitude d'appeler les « toomanytoomuch » ; en clair, trop de mêmes choses qui finissent par faire trop (oui, je sais, c'est lourd et c'est à dessein !) : trop de tournures passives, d’adjectifs, d’adverbes, trop d’auxiliaires et de verbes faibles, trop de phrases non verbales, trop de « mais », « ça », « et », trop de tournures nébuleuses « quelque chose comme », « un peu de », trop de langage abstrait, etc.

Je guette les lourdeurs, repère les expressions fétiches, les répétitions, les clichés, avant de proposer des améliorations que l'auteur est libre d'accepter ou de refuser. Je n’oublie pas de surveiller les changements intempestifs de registre, le manque d’articulations logiques, les phrases à plus de deux niveaux de hiérarchie qui asphyxient le rythme de l’écriture et donc celui de la lecture.

 

De la mesure en tout… et surtout dans les effets

 

Les détails superflus encombrent le récit, l’alourdissent en même temps qu'ils ralentissent la lecture. Il faut doser ceux utiles à la narration et s’affranchir de ceux dont elle peut se passer avantageusement. De même, les digressions, les métaphores sont à utiliser avec circonspection. Épargner au lecteur le style pompier aux effets trop appuyés, c'est aussi éviter un cabotinage gratuit, pesant, exaspérant.

 

Les cohérences (oui, un pluriel !)

 

Le lecteur adhère à l'histoire pour peu que le texte tienne de bout en bout. Aussi est-ce la moindre des choses que de vérifier qu'il ne comporte ni obscurités, ni  anachronismes, ni incohérencesIl arrive qu’un blouson bleu vire au noir quelques pages plus loin, qu’une chevelure brune blondisse, que le numéro dans une adresse change, etc. Les incohérences peuvent être aussi bien temporelles, spatiales que psychologiques.

 

La qualité de la narration, son mouvement, son équilibre

 

Le fil de l'histoire est-il discernable ? Une intrigue brouillonne plonge le lecteur dans des abîmes de perplexité à lui faire lâcher votre livre. Une chronologie confuse, avec des longueurs et un manque de rythme, agit de même. Et ce n’est pas ce que vous voulez, n’est-ce-pas ?

Mais qu’est-ce qui rend une intrigue brouillonne au juste ? Pour faire court, une multiplicité de points de vue qui noient le lecteur, le foisonnement d’intrigues secondaires qui ne servent pas l’histoire, la complexité des locuteurs qui perdent le lecteur en digressions maladroites, la prolifération d’analepses, prolepses et ellipses sont autant d’écueils à dépasser.

Dans le meilleur des cas, chaque scène participe à l’avancée de l’intrigue et arrive à point nommé. Dans votre texte, certaines sont-elles redondantes ? à l’inverse, avez-vous fait l'économie de scènes que le lecteur attend ?

Cela peut sembler contradictoire mais, quand on écrit,  il est toujours préférable de montrer, de donner à voir au lieu de se contenter de dire. En conséquence, demandez-vous si vos descriptions sont riches, si elles font appel aux cinq sens. Quant aux dialogues, ne sont-ils là que pour noircir la feuille sans apporter d’informations pertinentes ? A-t-on accès aux pensées de vos personnages - directement ou dans un discours rapporté ?

Avez-vous su trouver un équilibre entre passages narratifs, descriptions et dialogues ? C’est cet équilibre qui, en partie, donne le mouvement à votre histoire et embarque votre lecteur. Il est important que celui-ci puisse brosser un tableau assez réel du lieu, de l’époque, des personnages à partir des informations que vous lui donnez, sans avoir recours aux clichés mille fois rebattus. Rendez votre univers unique et si toutes les scènes engagent votre lecteur, le mettent au défi et l’impliquent dans la narration, vous n’êtes pas loin d’avoir gagné votre pari.

 

Les personnages : leur passé, leur présent, leur avenir

 

Il vous appartient de bien caractériser ceux qui peuplent et font vivre votre récit.

Peut-être avez-vous pensé à faire une fiche pour chacun d’eux afin de garder une trace de leurs principales particularités à laquelle vous aurez à vous reporter de temps à autre.  À vous de dévoiler leur but, leurs intentions, à vous de leur inventer un passé, une famille, un travail, des relations, etc. Car un personnage n’est pas une coquille vide mais un être complexe qui n'est pas figé et évolue au fil de l'histoire. Vous vous trouverez bien d'éviter de le calquer sur des stéréotypes. Chaque protagoniste a son propre langage, son ton, son rythme, son vocabulaire, sa gestuelle. Posez-vous la question : peut-on le reconnaître sans lire l’incise qui l’identifie dans un dialogue ? S’inscrit-il dans son époque, son milieu ?

Son nom a également son importance, il est l'un des outils dont dispose le romancier pour suggérer un caractère, une personnalité. Le nom identifie et signifie. Nul besoin d’être spécialiste en onomastique, l'étude des noms propres, pour comprendre que James Bond est un nom bref, très bien trouvé, qui va comme un gant à un intrépide espion, ou bien qu'il y a un fossé infranchissable entre un Victor et une Dolores.

Tout ceci participe à la construction de votre personnage.

 

Je conclurai ce billet, qui est déjà bien long, en vous disant que vous ne mesurez pas à quel point le lecteur va s’approprier et donc transformer votre récit, l’histoire que vous lui racontez, donner voix à vos personnages, brosser son tableau de l'environnement dans lequel ils évoluent. Aucun lecteur n’est assez crédule pour ne pas sentir, même confusément, quand quelque chose cloche.

 

Un correcteur-relecteur en jouant le rôle de lecteur-test vous dira son ressenti. Il est bon ? Tant mieux ! Il est mitigé, réservé… plus que réservé ? Tant mieux aussi ! Eh oui ! Vous apprécierez que ce soit lui, le premier à vous lire, qui décèle les points d’achoppement avant qu’un éditeur ne vous le dise dans une lettre de refus ou avant qu'un bouche à oreille défavorable ne fasse son œuvre si vous publiez dans le cadre de l’autoédition.


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