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Comment (di)gérer la critique ?

 

 

 

 

Trouvez des gens qui vous lisent et qui n’ont pas peur de vous dire la vérité.

Bernard Weber

Pour un auteur, la critique est une étape redoutable et redoutée.

Pourtant, quand elle est bien menée, argumentée, elle est toujours enrichissante. Néanmoins, lorsqu’il a demandé l’avis d’un relecteur ou d’un conseiller littéraire, l’auteur doit se préparer au pire et le critique, agir pour le meilleur.

Tout deux doivent garder à l’esprit que c’est une œuvre qui est jugée et non une personne.

 

Quand un auteur envoie son texte à un conseiller littéraire, il est pris entre espoir et appréhension. Il a envie d’être auréolé de louanges et craint de ne récolter que des coups de bâton.

Si les conseillers littéraires ne sont pas des misanthropes arrogants et acrimonieux, il faut bien reconnaître qu'ils sont avares de critiques positives.

Comme le rappelle un peu sèchement Raphaëlle Leyris, journaliste au Monde des livres : « Le travail du critique littéraire n'est pas de jouer l'agent de réassurance narcissique pour écrivains. »

Tenons-nous le pour dit.

 

Cela étant, reconnaissons qu'il est rare que les avis positifs soient utiles à l’auteur. Ils seront donnés, bien sûr, aucun écrit n’est bon à jeter en totalité à la poubelle, mais le devoir du critique est de mettre en lumière les points qui méritent d’être améliorés pour que l’auteur en prenne conscience et dépasse ses erreurs.

 

Ainsi, la première page de mes comptes-rendus se veut un résumé qui donne une liste des points à retravailler mais également des points forts sur lesquels l’auteur pourra s'appuyer.

 

Et qui est-il, au juste, cet auteur à qui le critique littéraire s’adresse ? À ce stade, il est double : il a été la main qui a écrit et doit à présent devenir l’œil qui juge. Il a été tout-puissant, voilà qu’il doit se faire correcteur de son œuvre, comme si elle avait été écrite par un autre. Le conseiller littéraire est là pour l'aider à adopter un regard distant sur sa création. C'est le plus délicat, mais seul ce recul permettra à l’auteur de mieux saisir la pertinence des suggestions faites par son relecteur.

 

Ne nous voilons pas la face, recevoir un avis de lecture est rarement un bon moment, c’est même parfois un choc. L’auteur a le sentiment d’avoir donné le meilleur de lui-même et le voilà confronté à un compte-rendu circonstancié, qui étale sur plusieurs pages tous les manquements de son récit. Douloureuse ? pénible ? Pourtant il est important que l’auteur aille au bout de cette première lecture. Dire que le conseiller a l’œil sur tout serait exagéré, nul n’est à ce point parfait ; c’est une personne consciente des enjeux de l’écriture et de la lecture, bien qu'à ce stade-là de leur collaboration, l’auteur voit surtout en son conseiller littéraire un formidable enquiquineur.

 

Laisser du temps au temps. La digestion d’un compte-rendu critique, aussi lente et difficile soit-elle, est une étape essentielle. Il n'est pas mauvais que l'auteur rumine ce que le conseiller littéraire a écrit, voire entame un dialogue fictif avec lui pour débattre des objections soulevées.

 

Cela ne se fait pas dans l’instant, sous le coup de l’émotion.

 

Une fois que les idées ont eu le temps de décanter, le besoin d’un dialogue de vive voix se manifeste souvent. Il est en effet souhaitable que l’auteur puisse discuter avec son conseiller ou son relecteur pour comprendre.

 

Un conseiller littéraire donne toujours un avis motivé.

Les miens comportent des commentaires à plusieurs niveaux (langue, cohérence, personnages, dialogue, etc.) et sont toujours assortis de pistes d’amélioration que j'offre à la réflexion de l'auteur, comme autant de possibles points de départ qui l'invitent à retravailler son texte : il suivra certaines pistes, en écartera d’autres, en trouvera de nouvelles. Parce que le dernier mot lui revient, bien sûr. À lui de faire ce tri préalable avant de se lancer dans la révision de son texte.

 

 

Un objectif sans plan s'appelle un vœu.

Antoine de Saint-Exupéry

 

Là encore, il est important de ne pas foncer tête baissée, mais d'ébaucher un plan pour décider de la meilleure façon de procéder : un simple remplacement automatique en traitement de texte viendra à bout de certaines modifications, d’autres demanderont une plus ample réflexion et un travail de plus longue haleine.

 

Ce qui est sûr c’est qu’à partir de ce moment, l’auteur est à nouveau le seul maître à bord.

 

 

 

 

Il n’a pas été question ici des critiques négatives, virulentes et pleines de fiel auxquelles il est conseillé de ne pas répondre sous peine d’envenimer les choses.

 

 Bon silence vaut mieux que mauvaise dispute.

 

La critique n’est pas là pour bloquer l’auteur. Bien au contraire, elle est là pour lui donner l’élan nécessaire pour faire un pas de plus sur le chemin accidenté de la création

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