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Apprenez à connaître vos personnages

 

 

 Sans personnage, pas de roman.

 Anthony Burgess

 

 

 

Ce qui est intéressant dans l’écriture c’est quand le personnage se met à exister par lui-même.

Philippe Besson

C'est une évidence : il n’existe pas de roman sans personnages car écrire c’est faire naître des êtres de papier qui, suffisamment travaillés, feront vivre et avancer l’histoire. La meilleure intrigue ne retiendra le lecteur que s’il peut s’intéresser aux personnages. Mieux vaut donc les soigner et ne pas improviser. Rien n’est plus décourageant, ou rageant tout court, que de s’apercevoir que le personnage sur lequel repose l’histoire est complètement à côté de la plaque.

La position de l’auteur est une position bizarre. En un sens, les personnages ne lui font pas bon accueil. Les personnages lui résistent, ils ne sont pas faciles à vivre, ils sont impossibles à définir. Vous ne pouvez certainement pas leur donner d’ordres.

Harold Pinter

 

Fichez vos personnages...

 

Faites connaissance avec eux. Oui, dis comme ça, vous allez me répondre que vous les connaissez forcément puisque c’est vous qui les créez. Mais en êtes-vous si sûr ?

Connaissez-vous leur vie sur le bout des doigts ? Oui ? Très bien. Si je vous pose une question inopinée sur l’un d’eux, êtes-vous certain d’avoir la réponse ? Les connaissez-vous suffisamment pour les faire réagir avec naturel quelle que soit la situation à laquelle votre histoire va les confronter ? Ah ! je vois que vous commencez à douter.

 

La fiche personnage a ses adeptes et ses détracteurs : je fais partie des premiers. Cette fiche n’est pas un casse-tête mais un pense-bête, une liste de questions auxquelles l’auteur doit répondre pour cerner ses personnages, les comprendre. Les informations seront dans l’idéal les plus exhaustives possible et qu’importe si toutes ne trouveront pas leur place dans l’histoire. A minima une fiche personnage doit mentionner :

  • Nom, prénom : oui, il faut bien commencer par là et choisir le nom des personnages n’est pas anodin. Les auteurs peuvent avoir recours à l’onomastique pour trouver le nom de leurs personnages. D’autres à leur imagination. Aucun ne doit s’en remettre au hasard tant il est vrai qu’une Victoria n’aura pas la même destinée ou du moins ne se verra pas offrir les mêmes opportunités qu’une Dolores.
  • Âge
  • Profession/milieu social actuel
  • Nationalité/origines/milieu social d’origine
  • Éducation
  • Physique/comportement : en plus des convenus poids, taille, couleur de cheveux, il est bon de donner des indices quant à la manière dont il s’habille, dont il s’exprime, par exemple. Ne pas oublier qu’un timbre de voix, une odeur, une démarche, un tic sont autant d’indices parfois très révélateurs.
  • Qualités/défauts : parce qu’un personnage est un être complexe qui s’est construit à partir d’éléments marquants de son enfance et/ou de sa vie d’adulte, il ne naît pas ex nihilo sous la plume de l’écrivain à l’instant de la narration. Le personnage arrive avec un bagage, plus ou moins encombrant, trimballant son lot de qualités et de défauts qui ne peuvent pas être contraires, bien sûr. Ainsi, un menteur patenté ne peut pas vouer un amour immodéré à la franchise, un fourbe à la loyauté, un pingre ne peut pas consacré tout son temps et son argent à une cause aussi noble soit-elle.
  • Aspiration : quelle est l’ambition du personnage (une vie d'aventures ? un mariage réussi ? une carrière épanouissante ? repartir à zéro en faisant table rase du passé ? etc.)
  • Relations avec les autres personnages, avec son entourage (a-t-il des amis ? de la famille ? des collègues ? etc.)
  • Lieux : où habite-t-il au moment de la narration ? / d’où vient-il ? / son logement est-il rangé/en désordre ? etc.)

... mais ne les décrivez pas !

 

Un personnage n’est jamais aussi bien décrit que lorsqu’il ne l’est pas ! Ce conseil faisant directement suite de la fiche détaillée, vous vous dites soit que je me moque de vous, soit que je n’en suis pas à une contradiction près ! Certes, le lecteur a besoin de faire connaissance avec le personnage et le tour de force est de l’amener là où vous voulez sans lui donner l’impression que vous lui imposez votre vision du personnage. Et pour réussir dites-vous qu’un simple détail vaut souvent mieux qu’une longue description. Les actions/réactions du personnage sont un bon moyen d’en dire beaucoup sans avoir recours à la description en pied. C’est en le mettant en situation, en action, que l’on peut juger de sa crédibilité et de la meilleure manière de le faire évoluer. Ainsi, quand nous rencontrons quelqu’un pour la première fois, nous ne savons pas tout de lui et pourtant cela ne nous empêche pas de nous faire une première idée, parce que quelques minutes de conversation sont précieuses pour saisir la personnalité de quelqu’un. Le passé du personnage, qu’il faut évoquer bien sûr, ne doit pas être un bagage qui encombre la narration de lourds passages descriptifs qui ralentissent le récit sans enrichir l’histoire.

 Et osez la contradiction...

 

Personne n’est jamais ou tout gentil ou tout méchant, de même un personnage n’est jamais monolithique. Le méchant, le gentil, s’ils n’ont pas des valeurs contradictoires qui leur font vivre un conflit intérieur, ne convainquent personne. Ce conflit intérieur les rend humains et donc bien plus fascinants. Il faut cependant veiller à ne pas le surjouer, comme l’on dit au théâtre. Un héros crédible a un caractère et non du caractère. C’est là que l’affaire se corse car autant il est facile de donner une apparence crédible à un personnage, autant il est plus délicat de lui offrir un caractère cohérent. La cohérence du personnage est souvent un écueil sur lequel achoppent les auteurs. Il faut savoir tordre le cou aux clichés afin d’éviter de tomber dans un portrait plat et convenu, par exemple entrevoir que le caractère n’est pas forcément lié au physique.

 

... en vous inspirant de la réalité

 

Les personnages sont souvent des personnes ordinaires qui sont appelées à accomplir des choses extraordinaires. Selon la tonalité de votre récit, il est important que le lecteur puisse s’identifier à eux ou, tout du moins, comprendre qui ils sont, pourquoi ils agissent de telle ou telle autre façon.


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