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Le monde de l'édition est une jungle - L'édition à compte d'auteur

L’édition à compte d’auteur est souvent décriée et nombreux sont ceux à n’y voir rien de moins qu’une arnaque.

Pourquoi ce contrat a-t-il aussi mauvaise presse de nos jours ? C'est oublier qu'André Gide publia à compte d’auteur Les Cahiers et les poésies d'André Walter en 1891 et, quelques années plus tard, Proust finança la publication Du côté de chez Swann chez Grasset après le refus de la maison Gallimard.

 

Un contrat à compte d’auteur ? Qu’est-ce que c’est ?

En clair, un auteur s’adresse à une société de service ou une maison d’édition en vue de publier son livre. Il est donc le client et, à ce titre, il va payer pour le service d’édition, la diffusion et la distribution de son ouvrage. L’avantage de ce type de contrat - parce qu'il y en a au moins un - tient au fait que l’auteur conserve ses droits d’auteur et qu’il ne court pas le risque de subir un refus. 

 

L’édition à compte d’auteur est le modèle qui prévaut pour ce que l’on appelle ouvrages de commande (le bulletin mensuel d’une mairie, la lettre d’information d’une communauté de communes, par exemple) et il y est parfaitement adapté.

 

Quand on est particulier, les choses se compliquent sensiblement. Le contrat doit être lu, de manière réfléchie, afin de se poser les bonnes questions avant signature.

 

Le contrat doit impérativement mentionner a minima :

  • le prix de vente du livre ;
  • les conditions d’édition, de diffusion, de distribution ;
  • le nombre d’exemplaires qui seront imprimés ;
  • le montant dont l’auteur devra s’acquitter pour les frais annexes calculés en fonction des services qu'il aura demandés ;
  • le montant des droits d’auteur (même si, comme nous le verrons plus tard, le terme est ici impropre) rétrocédés, en général sur une base annuelle. 

Pourquoi ce type de contrat est-il tant dénigré ?

 

Sont en cause les pratiques douteuses de certaines sociétés. Cependant, il faut distinguer celles qui dissimulent le fait qu’elles proposent une édition à compte d’auteur de celles qui, en toute transparence, vont jusqu’à mettre en ligne leur contrat type. 

 

La vigilance est donc de mise et chaque clause doit faire l’objet d’une lecture attentive. Lesquelles sont les plus cruciales ?

  • La première et la plus importante est sans conteste la cession des droits d’auteur. Un auteur qui délie sa bourse pour la réalisation de ses livres ne doit pas céder ses droits. Cela va sans dire et c’est la moindre des choses ;
  • Certains contrats prévoient une clause de préférence, aussi appelée clause de suite, qui impose à l’auteur de faire appel à la même société pour un nombre défini d’ouvrages à venir. Cette clause peut aller jusqu'à lui interdire de faire éditer chez un autre éditeur les ouvrages appartenant au même genre. L’auteur se trouve dès lors irrémédiablement lié à ce prestataire. C'est inacceptable, bien sûr ;
  • Les conditions de diffusion/distribution permettent à l’auteur de s’assurer que son ouvrage sera correctement diffusé, apparaîtra au catalogue des librairies et sur les plateformes en ligne. Si ces conditions ne sont pas clairement spécifiées, il est à craindre que le livre ne fera l’objet d’aucune promotion particulière. Tout au plus apparaîtra-t-il sur Electre, noyé au milieu de milliers d’autres et toute promotion (envois à la presse, séances de dédicaces, etc.) restera du ressort et à la charge de l’auteur avec les frais que cela suppose bien entendu ;
  • Les conditions d’édition donnent parfois lieu à une note salée dont l’auteur ignore à l’avance le montant. Il arrive aussi qu’un travail d’édition complet incluant correction, relecture, réécriture, mise en page, couverture, ISBN, etc. soit prévu. Ces éléments doivent donc être attentivement débattus avant d'être portés au contrat ;
  • Un devis détaillé annonçant un tarif clair doit être associé au contrat, toujours dans le but d’éviter les mauvaises surprises ;
  • Le nombre d’exemplaires à imprimer doit être indiqué. Ce qui comprend non seulement les exemplaires destinés à la vente mais aussi ceux dont l’auteur bénéficiera, à titre personnel, pour faire sa publicité (salons, séances de dédicaces, services presse, etc.). Certains contrats prévoient que l’auteur achète un certain nombre d'exemplaires à un tarif préférentiel, d’autres, encore moins scrupuleux, n’hésitent pas à imposer à l’auteur de le faire. Dans tous les cas, l’auteur ayant déjà payé pour la réalisation de ses livres, il est absolument inconcevable de lui demander de payer à nouveau ;
  • Enfin, les droits d’auteur, comme je l'ai écrit plus haut, n’en sont pas réellement puisqu’il s’agit en fait de bénéfices réalisés sur les ventes du livre. La rétrocession de ces bénéfices et leur pourcentage doivent figurer au contrat. Sachant que l’auteur a dû payer pour la réalisation de son livre, un taux de reversement honnête se situe aux alentours de 20 %. Toute proposition inférieure n’est guère satisfaisante. Ne pas oublier de prendre en compte chaque format de vente (version papier, numérique, audio, etc.).

Pour finir, j'attire votre attention sur ce que certaines sociétés de services appellent contrat participatif ou compte à demi. Dans ce cas, l’éditeur demande à l’auteur de ne prendre en charge qu’une partie des frais liés à l'édition du livre. Une offre qui peut sembler alléchante mais, dans les faits, l’éditeur a fait ses calculs pour se libérer de tout risque financier. 

 

Il est une autre raison pour laquelle l’édition à compte d’auteur est décriée et elle tient au fait que, dans la plupart des cas, l’auteur fait appel à ce type de prestation après avoir échoué à trouver un éditeur traditionnel. Dans les pays anglo-saxons, on parle de vanity publishers, en ce sens que ces sociétés de service flattent les auteurs puisque c’est eux qui, en amenant les fonds pour que leur ouvrage soit publié, permettent à l’entreprise de vivre confortablement.

 

Avant de conclure, le tableau étant assez sombre, il est nécessaire de nuancer mon propos. 

 

Quand on est primo écrivain, se faire éditer par un éditeur classique est extrêmement difficile. C'est une lapalissade, oui. Songez que, bon an, mal an, à peine 5 % des ouvrages publiés sont l'oeuvre de tels auteurs. Pour un novice, sans réseau pour lui ouvrir le sésame du monde de l’édition, obtenir un contrat à compte d’éditeur tient du miracle. On peut comprendre que, de guerre lasse, certains se résolvent à éditer à compte d’auteur et cela ne préjuge en rien de la qualité de leur ouvrage.

 

Quelles que soient les chausse-trappes de ce contrat, il a le mérite de permettre à de nombreux auteurs d'être publiés, de faire de leur rêve une réalité, d'aller à la rencontre de leurs lecteurs et de faire vivre leur passion.


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